La pop culture des éléphants
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L’immense corps des éléphants rend parfois leur allure cocasse avec leur grande trompe dont les possibilités d’utilisation semblent à la fois multiples et incongrue. On a souvent un autre présupposé quand on cause de pachyderme : celui que l’éléphant est un être intelligent. Contrairement aux mouches ou aux caniches envers qui nous avons des préjugés peu courtois, on sait, par la recherche scientifique, que les éléphants sont des êtres empathiques. Alors qu’on pourrait croire qu’ils ont du mal à bouger leur carcasse, ce sont en fait des adeptes du langage du corps pour entretenir des interactions sociales.

Mais ce n’est pas le seul atout des mammifères à grandes oreilles :

Avoir une mémoire d’éléphant, c’est avoir une très bonne mémoire : l’image fonctionne comme simple intensif, alors qu’à l’origine, il semble que cette expression prenne naissance dans la tradition de rancune qu’on attribue aux éléphants. On dit qu’ils se souviennent toujours des mauvais traitements, et qu’ils s’en vengent, même longtemps après.

En revanche, le mythe de l’éléphant qui a peur de la souris, qu’on retrouve dans plusieurs dessins animés, n’a jamais été prouvé par la science. Autre point remarquable même si ça ne change pas grand chose présentement : on trouve essentiellement dans la culture des éléphants… mâles.

Les différentes caractéristiques des éléphants en font donc des animaux tout prêts à être personnifiés, c’est pourquoi il n’est pas rare de les voir adopter des comportements humains dans différentes œuvres cinématographiques.

Babar – Le petit éléphant

Babar est l’un des plus vieux éléphants de fiction enfantine, puisqu’il est apparu en 1931 sous les pinceaux de l’illustrateur français Jean de Brunhoff. C’est un héros conçu pour les enfants, tout en rondeurs et en couleurs, que son créateur a d’ailleurs imaginé à partir d’une histoire que sa femme racontait à leurs enfants.

Babar n’est pas un humain, mais il parle, interagit avec ses pairs comme tu pourrais le faire avec tes parents, ressent des émotions, et surtout, se tient sur deux pattes et porte des vêtements (dans la réalité, je vois mal un éléphant en costard-cravate). En cela, c’est un héros anthropomorphique, c’est-à-dire auquel on attribue les sentiments, les passions, les idées et les actes de l’homme — ce n’est pas moi qui dit ça, mais le Larousse.

Sous ses dehors naïfs et gentils, Babar peut aussi être vu comme un livre symbolique de l’époque des colonies, dans la représentation qu’il donne de la société, explique The New Yorker. L’éléphant, animal exotique, mais qui agit tellement comme un humain, est attiré par la ville, la civilisation. Les éléphants qui s’habillent ont du mépris pour leurs pairs qui vivent nus dans la jungle. Babar pourrait donc être une oeuvre en faveur de la colonisation :

L’effet heureux que Babar sur nous, et sur notre imagination, vient de cette croyance — du sens de la chanson pour enfants, comme quoi, même si c’est une bonne chose d’être un éléphant, la vie de cet animal est dangereuse, sauvage et douloureuse. C’est par conséquent plus sécurisé d’être un éléphant dans une maison près d’un parc.

Mais on peut aussi interpréter les choses d’une autre façon : Babar se moquerait de la colonisation, en démontrant le ridicule du phénomène, mais avec une certaine tendresse :

Une partie de la blague provient de l’évidente animalité du protagoniste qui rend évident l’absurdité du comportement humain dépeint. Un animal qui tente de devenir un astronaute ou de mener un orchestre est intrinsèquement ridicule et rend ridicule l’ambition qu’il poursuit. à propos de la guerre entre deux nations d’animaux dans une des histoires.

Ce n’est pas un portait à distance d’une ville coloniale imaginaire. C’est, au contraire, une caricature affectueuse et détaillée d’une société française idéalisée. La fragilité de cette société — et son incapacité à résister aux rhinocéros — intensifie le pathos et l’affection qu’elle inspire.

Babar, tout éléphant qu’il soit, influence notre perception de la civilisation.

Elmer – L’éléphant coloré

Un album haut en couleur très attrayant qui nous raconte l’histoire d’Elmer, un petit éléphant taquin et farceur qui aimerait être gris comme tous ses congénères plutôt que bariolé. Au bout de cette aventure pour être pareil que les autres, Elmer se rendra compte à quel point ses amis aiment sa singularité qui fait de lui un être tellement unique.

Grand classique de la littérature enfantine, cet album à réserver aux plus jeunes (3 à 5 ans) allie illustrations très expressives (belles tonalités de couleurs) à un texte bien rédigé (quelques mots de lexique soutenu toutefois).

Cette introduction aux couleurs et aux animaux de la jungle invite ainsi les jeunes écouteurs d’histoires à appréhender l’estime de soi, l’humour, l’empathie, la différence et le regard de l’autre.

Dumbo – L’éléphant volant

Dumbo est un petit éléphanteau amené par une cigogne. Quand sa mère le découvre, elle le couvre d’affection malgré ses très grandes oreilles qui sont l’objet de moqueries des autres éléphantes. Malgré sa petite taille, il aide à la construction du chapiteau et il est fier de prendre part à la grande parade du cirque, même s’il marche sur oreilles et qu’il tombe dans la boue.

Lavé par sa mère alors qu’il jouait dans son bain, il continue de trébucher sur ses oreilles en en sortant. Un jeune garçon commence à se moquer de lui et va le maltraiter. Apeuré, il ne peut rien faire quand sa mère est enfermée dans un wagon.

Isolé, Dumbo espère le soutien des autres éléphantes qui lui tournent le dos et l’abandonnent à son sort. Il sera aidé et soutenu par la souris Timothée qui lui redonne confiance en lui.

Dumbo va participer à un nouveau numéro où il doit sauter sur un tremplin pour finir en haut d’une pyramide. D’abord hésitant à entrer en piste, Timothée le pique avec une aiguille pour qu’il s’élance. Cependant, lors de sa course, il va marcher sur ses oreilles et va d’une part faire tomber la pyramide et d’autre part, cela va entraîner la destruction du cirque.

Dumbo devient alors un clown et doit sauter en haut d’un immeuble en feu pour finir dans une bassine rempli de mousse. Timothée l’aide alors à se nettoyer et à le rassurer sur la suite. Timothée l’informe qu’il a arrangé une visite avec Madame Jumbo pour qu’il trouve du réconfort. Il profite de ses caresses avec sa trompe avant de devoir repartir.

Il a alors une crise de hoquet. Pour que ça passe, Timothée lui conseille de boire un seau d’eau sans savoir que du champagne a été vidé dedans. Il se met alors à avoir des hallucinations et s’endort.

A son réveil, Dumbo découvre qu’il est perché sur un arbre et tombe jusqu’au sol. Moqué par des corbeaux, il est aidé par son ami Timothée qui prend sa défense. Il va recevoir les excuses et le soutien des corbeaux qui lui offrent une plume magique pour qu’il puisse voler. Il s’essaye en haut d’une falaise et se rend compte qu’il peut effectivement voler.

Pour le numéro de clown, Dumbo s’élance en étant confiant jusqu’à ce qu’il perd la plume magique. Sous les supplications de Timothée, il étend ses oreilles et se met à voler dans tout le cirque à la surprise générale des clowns et de la foule.

Dumbo devient célèbre, décroche des records et beaucoup d’argent. Il retrouve ainsi sa mère dans un wagon spécialement fait pour eux.

Si tout n’est pas tout rose dans Dumbo, certains éléphants le sont pourtant. Ces bestiaux là n’ont rien de mignon ni de touchant, ils sont juste particulièrement flippants. Étonnant ? Bof, pas franchement. D’après The Urban Dictionary, l’expression « voir des éléphants roses » signifie être en plein delirium tremens, autrement dit, un état d’agitation avec fièvre, provoqué par sevrage dans certaines formes d’alcoolisme…

C’est effectivement ce qui arrive à Dumbo : alors qu’il croit avoir bu un bête verre d’eau, l’éléphanteau a siroté peinard du champagne. Il commence alors à voir des éléphants multicolores au faciès grimaçant, qui se lancent dans toutes sortes de danses. Que ce soit par sa musique ou ses graphismes, la scène est franchement psychédélique et plutôt inquiétante.

Cette fois, le physique hors-norme de l’éléphant est vu sous sa face non pas grotesque et amusante, mais inquiétante. Du coup, l’animal sert une histoire qui cause presque plus aux adultes qu’aux enfants, comme l’explique The Guardian :

Ce n’est pas un film Disney moderne ni louable. Dumbo se réveille dans un arbre avec une gueule de bois. Timothée se demande comment ils ont atterri là et réalise — grâce aux oreilles. Dumbo sait voler. Mais ce n’est pas la confiance en lui de Dumbo qui le mène au salut. Ce n’est pas la plume, ni le courage, ni la ténacité. C’est la beuverie qui lui ouvre ce cadeau.

C’est un message terrible et adulte. Mais aussi un bon exemple de ce qu’il peut y avoir de noir chez Disney. Nous parlons d’une animation traditionnelle qui plaît aux parents et aux enfants. De la capacité qu’ont les meilleurs dessins animés à parler deux langages simultanément. Ça suggère qu’une blague d’adulte peut être glissée dans un film pour enfants. Mais les éléphants roses font la même chose avec la peur. C’est un morceau hostile et aliénant de la réalisation. Qui fascine et terrifie aussi bien les enfants que les adultes.

Tantor – L’éléphant différent

Tantor est un éléphant d’Afrique.

Tout petit, Tantor est craintif au point de douter de la qualité de l’eau. En rejoignant sa mère, il remarque que quelque chose nage dans l’eau vers eux. Il a beau alerter les autres éléphants personne ne l’écoute, même en suggérant un piranha. Dans la panique générale, Tantor sort de l’eau et découvre Tarzan et Tok, avec qui un lien d’amitié va naître.

Devenu adulte, Tantor fait partie du groupe de gorilles. Alors qu’il cherche Tarzan qui a disparu, il tombe sur un campement d’humains. Accompagné de Tok, ils se mettent à jouer de la musique avec ce qui leur tombent sous la main.

Afin que Tarzan puisse aider Jane à voir des gorilles de près, Tantor a pour tâche d’éloigner Kerchak. Pour cela, il déguise sa trompe comme le professeur Porter et attire ainsi le gorille loin dans la jungle.

Apprenant que Tarzan part en bateau avec Jane, Tantor se précipite sur la plage pour lui dire au revoir mais arrive trop tard. Attristé, il repart dans la jungle quand il entend le cri de Tarzan. Comprenant que son ami est en danger, il plonge à l’eau et grimpe à bord du navire pour le secourir. De retour sur la plage, Tantor se bat contre les hommes de Clayton et aide les gorilles à s’échapper de leurs cages.

Tantor est heureux d’apprendre que Tarzan décide de rester avec eux, en compagnie de Jane et d’Archimèdes.

Colonel Hathi – L’éléphant autoritaire

Colonel Hathi est un éléphant autoritaire disposant d’une petite branche au bout de sa trompe pour donner les ordres. Il a pour épouse Winifred et pour enfant Junior.

Il mène son escadron d’une manière militaire et est très pointilleux sur la discipline et l’apparence. Dans le passé, Colonel Hathi fut officier dans le cinquième régiment pachydermes du Maharaja. Il fut également décoré de la Victoria Cross. Il souffre cependant de pertes de mémoires malgré ses dires.

Colonel Hathi refuse tout d’abord d’aider Bagheera à retrouver Mowgli mais c’est devant la remontrance de Winifred et au soutien de Junior qu’il accepte de mener une opération de recherche dans la jungle.

Shep – L’éléphant farceur

Quand les éléphants ne sont pas humanisés, ils peuvent quand même être sortis de leur condition de pachyderme pour créer un décalage humoristique. J’ai un exemple directement tiré de ton enfance pour le prouver.

George de la Jungle, film sorti en 1997, met en scène un ersatz de Tarzan un peu secoué du cocotier, avec des effets spéciaux qui, à mon grand dam, n’ont pas aussi bien vieilli que le brushing de Michel Drucker. Parmi tous les animaux de la jungle hors du commun qui entourent George se trouve Shep.

Shep est un éléphant, mais qui a été éduqué comme un chien par son compagnon humain, et se comporte donc comme tel : il remue la queue, rapporte non pas des branches mais des troncs d’arbre… S’il était un caniche ou un doberman, le comportement de Shep n’aurait rien d’intéressant ni de drôle. Comme George, Shep est caricatural, et le fait de le placer dans cette position joue, encore une fois, avec l’idée que les éléphants ne ressemblent pas aux animaux connus, et qu’introduire leur physique inhabituel dans un contexte lambda crée une situation comique.

 

 

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